Talkers, application pour podcasts : entretien avec Jean-Baptiste Penent

Entretien (bien sympathique !) avec Jean-Baptiste Penent, l’un des co-fondateurs de l’application Talkers, « la communauté du podcast ».

Talkers, la communauté du podcast
Talkers, « la communauté du podcast »

Pouvez-vous nous présenter l’application Talkers ? Son but ?

Talkers est le réseau social de la parole, basé sur 3 innovations :

  1. Pouvoir écouter ce que l’on aime avec la création d’un fil personnalisé basé sur vos passions et centres d’intérêts et vous fait donc découvrir des émissions, podcasts dont vous ne connaissez pas encore l’existence (« You don’t know what you don’t know » comme disent les Américains !).
  2. On peut s’enregistrer et diffuser à travers l’application, en 1 clic. Après avoir ajouté un titre, une description, une photo et quelques hashtags, on partage le tout, accessible à tous immédiatement sur le fil audio de tous ceux qui vous suivent ! Cela permet donc à chacun de faire son propre podcast et dire ce qu’il pense.
  3. Les possibilités de pouvoir suivre des personnes, ses amis, faire des commentaires sous les audios, de pouvoir répondre, liker, republier une audio que l’on a aimée, pour que ses amis l’aient sur leur fil, etc. Il s’agit donc de toutes les fonctions sociales qu’on retrouve dans tous les réseaux sociaux.

Pour résumer, pouvoir écouter ce que l’on aime, dire ce que l’on pense et interagir avec sa communauté, fait de Talkers le 1er réseau social de la parole. « Le réseau des gens de paroles ».

Talkers, l'application pour créer, diffuser et partager des podcasts
Talkers, l’application pour créer, diffuser et partager des podcasts

D’où le nom de « Talkers » alors ?

Exactement. Qui rappelle la parole.

Ce qui préside à la création de Talkers est que tous les fondateurs sont des amoureux de la liberté d’expression. Nous sommes aussi des amoureux de l’audio et nous nous sommes rendu compte que les podcasts ne sont pas simples d’accès pour beaucoup de personnes, d’où l’idée de faire un fil audio car cela rappelle des « codes » que les gens connaissent bien.

Egalement, la parole est aujourd’hui assez monopolisée : ceux qui peuvent l’avoir sont présents à la radio. Or, sur ce média on peut trouver au total 20 personnes qui parlent en même temps, ce qui est très peu. Et parmi ces 20 personnes, 1/3 est payée par l’Etat (ex : Radio France) et le reste est payé par des entreprises dont le cœur de métier n’est pas les médias (ex : Lagardère). Ils se servent donc de la radio pour d’autres raisons que celle simplement de pouvoir émettre une opinion…

Donc au-delà de la vocation sociale de Talkers, on trouve aussi un peu une vocation politique ? Celle de redonner la parole aux gens qui habituellement ne l’ont pas forcément ?

Exactement, je pense que dès que l’on commence à parler de liberté d’expression, on rentre dans le politique et il faut donc se positionner par rapport à cette question. Notre positionnement est que, par exemple, la critique littéraire de ma femme qui lit beaucoup vaut au moins autant que celle de telle ou telle fréquence radio qui a le droit de parler alors que ce n’est pas le cas de ma femme.

J’espère quand même que votre femme peut en parler ! 😉

Elle peut en parler mais elle ne peut pas être entendue. Avec Talkers, on peut être entendu. Si elle voulait faire une chronique littéraire, elle aurait plus de facilité sur Talkers pour que ses amis puissent l’écouter. Chacun peut y trouver sa forme d’expression, Talkers n’est pas un cadre formaté.

Quelle est votre cible ? Quel est le profil-type, l’avatar-type de Talkers ?

On vise une cible qui n’est pas évidente à atteindre : les jeunes. Ca fait un moment qu’ils n’écoutent plus la radio et notre analyse est que ce n’est pas nécessairement le contenu audio qui leur déplaît mais le mode de diffusion avec lequel l’auditeur doit être présent à telle heure pour écouter telle personne sur telle fréquence.

On est face à une génération qui est davantage sur le mode « ce que je veux, quand je veux, où je veux, comme je veux et avec mes copains ». La radio, c’est ce que veut le président, quand il veut, ce qu’il veut, là où il émet (pas partout) et pour ce qui est de l’interactivité, elle reste très limitée ! 😉

Essayez de partager une émission radio que vous avez entendue sur un poste de radio… Avec Talkers, vous pouvez le faire avec 1 bouton. Ce bouton génère un lien (une URL). Si la personne possède l’application Talkers, ce lien s’ouvre dans l’application et sinon ce lien ouvre un navigateur et elle peut quand même écouter l’émission. On a donc l’assurance que d’une manière ou d’une autre (mail, SMS, réseaux sociaux…), le partage permettra l’écoute.

J’ai bien aimé en effet l’idée de votre relais Web pour favoriser la découverte de l’application Talkers

Exactement, du coup ils peuvent voir les commentaires sous l’audio, les nombres de « likes », etc.

Les jeunes sont donc notre première cible car elle est grégaire, en communauté, sociale, partage beaucoup et a besoin de nouveaux canaux.

Quand vous parlez des jeunes, de quelle tranche d’âge parlez-vous, les 15-25 ans ?

Non, au-dessus. Déjà, l’application Talkers est interdite aux moins de 17 ans. En effet, pour être référencé sur nos deux distributeurs essentiels, Google Play et l’App Store, il nous est demandé si on a le droit de parler de sexualité, dire des gros mots, etc. sur Talkers. Notre réponse est : « oui ». Alors l’application a été interdite aux moins de 17 ans mais je préfère laisser cette liberté plutôt que de cibler les moins de 15 ans et de la retirer. Bref, notre cible a plutôt entre 17-18 ans et 30 ans.

Malgré tout, on a remarqué la présence de personnes un peu plus âgées, les 30-40 ans elles n’enregistrent pas beaucoup, ne partagent pas autant que les plus jeunes. Il s’agit d’une génération un peu moins habituée aux codes des réseaux sociaux, qui trouve l’application Talkers sympa pour son fil mais qui ne publie pas forcément ou très peu.

J’avais noté la ressemblance de fonctionnement de Talkers avec YouTube, vous êtes un peu un « YouTube des podcasts » dans le sens où l’on retrouve le côté social, la possibilité de créer, de publier, les commentaires, le fil, etc.

C’est une comparaison qui nous va car c’est une de nos sources d’inspiration pour Talkers, avec Instagram. En particulier pour la partie partage, on a trouvé que YouTube était moins bon qu’Instagram et ses boutons de retweet, de partage. Sur l’écoute, on a plus pensé à YouTube, en effet. Quant au fil (audio chez Talkers), on retrouve le principe dans tous les réseaux sociaux.

Quel est le business model de Talkers ?

Comme nous sommes une start-up, on s’offre le droit d’en changer encore mais on vise celui de YouTube qui permet à la fois à la plate-forme de vivre et aux créateurs d’être rémunérés pour leur contenu.

A l’heure actuelle, nos podcasteurs ont parfois des sponsors, toujours très ciblés et le fait que nous partagions les revenus publicitaires avec eux leur apporte un revenu publicitaire qu’ils n’auraient peut-être jamais eu par ailleurs car les annonceurs n’auraient pas songé à diffuser sur leur podcast.

Il s’agit donc de publicité partagée avec le co-créateur du contenu ?

Le créateur, pas le co-créateur. Nous ne sommes que les diffuseurs et la distinction est importante juridiquement car le contenu revient exclusivement au créateur. Talkers met en relation quelqu’un qui a quelque chose à dire avec quelqu’un qui aimerait l’écouter. Nous sommes très respectueux du droit d’auteur et par exemple nous aurions pu ajouter la fonction permettant d’accélérer la lecture mais on ne l’a jamais fait parce qu’on pense qu’une œuvre doit s’écouter comme elle est.

Personne n’aurait par exemple l’idée d’écouter Mozart en version accélérée 😉 C’est un peu la même chose avec les podcasts : si la personne prend le temps de parler, c’est son timbre, son temps, son mode d’expression et Talkers n’a pas envie d’interférer sur l’œuvre.

De toutes manières, les études démontrent que peu d’auditeurs de podcasts zappent, avancent pour sauter une pub. Ils sont plutôt attentifs.

Oui, ce que nous avons simplement remarqué c’est que parfois les auditeurs sautent la musique et un peu les publicités sur les replays radios : quand il s’agit de la même publicité déjà entendue sur les radios traditionnelles. Mais effectivement lorsque les podcasteurs parlent de leurs sponsors ou de Tipee, Patreon et autre, c’est écouté.

Sur Talkers, le podcasteurs peut bien sûr demander l’administration de son podcast dans l’application et dans ce cas :

  • Lorsqu’il répond c’est au nom de son podcast (et non avec son nom d’utilisateur lambda)
  • Il peut être notifié immédiatement lors d’un dépôt de commentaires sur son audio, répondre s’il en a envie
  • Voir ses « likes », etc.

Et sur son podcast, il peut mettre un lien vers son Tipee, Patreon ou autre. Un bouton apparaît sur chacun des épisodes de son podcast si les auditeurs souhaitent soutenir l’émission.

Comment avez-vous choisi les fameux « 5000 podcasts » ajoutés à la base de données ?

Je pense qu’on doit être à plus de 5000 maintenant (j’en rajoute 2 ou 3 par semaine mais il y a aussi beaucoup de nouveaux). Il y a les replays radios, etc.

Au point de vue strictement légal, le référencement d’un podcast revient à référencer une URL publique donc n’importe quel moteur de recherche peut en faire autant. Bien entendu, nous ne stockons pas les émissons de podcasts à part celles créées via Talkers.

Hormis les grands groupes, la plupart du temps lorsqu’on a pu trouver les coordonnées des podcasteurs, on leur a demandé s’ils étaient d’accord pour être référencés sur Talkers.

Pouvez-vous nous parler un peu de l’algorithme qui vous permet de créer le « flow personnel » dans Talkers ?

Dans ses grandes lignes, il est lié aux habitudes d’écoute des utilisateurs de Talkers, avec quelques pondérations qui bougent un peu la balance pour favoriser la production hors radio. Sinon, comme tous les autres algorithmes de podcasts sont centrés sur le nombre d’écoutes, de téléchargements, les classements sont sensiblement les mêmes. La chance n’est donc pas laissée aux nouveaux entrants.

Du coup, notre volonté est de faire l’inverse : on remet un peu plus de poids aux nouveaux podcasts.

C’est peut-être quelque chose qu’il serait intéressant de mettre plus en avant ? Pour vous différencier des autres acteurs ?

C’est vrai, il faudrait qu’on essaye d’en parler. Quand vous installez l’installation, vous avez le choix de dire si vous préférez seulement des podcasts natifs, natifs et radios ou seulement radios, ce qui laisse supposer qu’on a un traitement particulier pour les podcasts natifs 😉 mais c’est vrai qu’on ne le met pas assez en avant.

Pourquoi avez-vous choisi 2 URLs ? Talk.rs et Talkers.audio

C’est historique. Au début, nous avions Talk.rs et nos premiers utilisateurs disaient qu’ils étaient sur « Talk.rs » et non sur « Talkers » 😀 Alors, on a pris Talkers.audio, ce qui est cohérent. On a donc fait l’application sur cette URL et il nous reste encore à prendre le temps de migrer Talk.rs vers Talkers.audio. Cela fait partie de notre « to-do list » mais il y a toujours d’autres priorités qui arrivent, c’est simplement un manque de temps.

Par ailleurs, très peu de personnes recherchent des podcasts via Google et encore moins des outils de lecture de podcasts. Le nombre de recherches par mois sur « podcast » est très faible en France. C’est aussi pour cela que ce n’est pas tout en haut de nos priorités 😉 cependant c’est vrai qu’il faudra qu’on le fasse, ne serait-ce par cohérence et facilité pour les utilisateurs.

Quand on parle de Talkers, on doit donc communiquer sur Talkers.audio ?

Oui, c’est l’URL qui sera pérenne, talkers.audio.


Cet entretien vous a plu ? Créateurs de podcast, professionnels du podcast : partagez vous aussi votre expérience et faites connaître votre produit en témoignant pour un prochain entretien : contactez-moi.