L’école inclusive

Dans le cadre du Master MEEF, nous avons étudié la question de l’école inclusive et étions amenés à écrire un résumé du module suivi. Le voici, à toutes fins utiles.

L’École inclusive définit le droit pour tous les élèves d’avoir accès à l’école. Cela peut nous sembler presque évident aujourd’hui mais c’est au contraire un réel changement de paradigme réalisé en l’espace d’une trentaine d’années car auparavant on demandait plutôt aux élèves de s’adapter à l’école. Sur quelles bases scientifiques s’appuie ce tournant ? Comment l’institution française a-t-elle décidé de se saisir de cette question ? Quels sont enjeux au niveau pédagogique et quelles applications concrètes les enseignants peuvent-ils mettre en place dans leurs pratiques ? Notre module « École inclusive » nous a permis de formuler des éléments de réponses.

Dans une seconde partie, nous mettrons en lumière comment, à travers notre propre expérience de terrain, nous avons su adapter notre pratique pour œuvrer à l’inclusion et, nous l’espérons, à une meilleure réussite de tous les élèves.

Que dit la science ?

C’est principalement sous l’angle des « DYS » (dyslexie, dysorthographie et dysgraphie) et en particulier celui de la dyslexie que nous avons abordé le sujet de l’école inclusive lors de notre module de Questions Professionnelles. Il est vrai qu’en lycée professionnel nous constatons que ces troubles y sont particulièrement présents en comparaison avec le lycée général et technologique. Le lycée professionnel accueille une grande proportion d’élèves avec un ou plusieurs troubles de l’apprentissage, détectés ou « pressentis ». Sans entrer dans les détails, cette tendance trouve une partie de son explication dans le fait que les élèves de lycée professionnel n’ont pas toujours réellement choisi leur orientation et ont plutôt été « invités » à suivre cette voie. En effet, s’ils ont présenté depuis leurs premières années des troubles de l’apprentissage, les difficultés scolaires se sont accumulées jusqu’à devenir un réel obstacle ou du moins un fossé conséquent par rapport à leurs camarades de la voie générale et technologique.

Lors de nos cours, nous avons défini la dyslexie comme : un «  trouble durable dans l’acquisition et l’apprentissage du langage écrit en dépit d’une éducation conventionnelle, d’une intelligence normale et en l’absence de troubles sensoriels majeurs ». Il nous semble que deux points sont particulièrement importants à retenir : la notion de temps long et l’exclusion de tout facteur lié à l’intelligence. Le temps long implique que l’élève devra probablement composer avec ce trouble toute sa vie durant et l’école doit donc l’aider à trouver certaines clefs pour suivre sa scolarité et lui offrir un avenir professionnel. Du reste, mettre à l’écart de l’intelligence doit, en tant qu’enseignant, nous prémunir de tout préjugé sur les capacités de l’élève. Il sera, au contraire, profitable à l’élève de voir qu’il peut réussir tout autant que ses camarades si certaines adaptations sont réalisées.

En outre, nous avons appris que la mémoire jouait un rôle essentiel dans l’approche de la lecture. Cette mémoire peut se diviser ainsi : la mémoire à long terme (qui conditionne la voie lexicale d’apprentissage) et la mémoire à court terme (qui conditionne, elle, la voie phonologique d’assemblage). Bien qu’elles n’influent pas sur les mêmes fonctions, la correspondance entre ces deux types de mémoire est indispensable pour accéder à une production orale réussie et durable, fixée : c’est ainsi que l’on devient « un lecteur habile ». Avoir une mémoire fonctionnelle permet aussi d’être à l’aise avec de nouveaux mots à déchiffrer, à prononcer et à comprendre, ce qui va donc enrichir le lexique personnel.

Christine Egaud a distingué trois grands types de dyslexie : la dyslexie phonologique où il s’agit de troubles en relation avec la production ou l’écoute de sons ; la dyslexie de surface, liée aux troubles visuels et la dyslexie mixte qui combine les deux premières ou bien une seule mais avec des facteurs supplémentaires.

Bien que mieux appréhendés de nos jours, les troubles dyslexiques n’ont pas encore révélés tous leurs mystères aux scientifiques : région du cerveau, gènes en cause, développement de la symétrie visuelle qui demeure trop longtemps ? Plusieurs hypothèses restent à l’étude comme le rappelle Stanislas Dehaene dans son cours au Collège de France.

L’enjeu pour l’école est que ces troubles apparaissent dès le plus jeune âge et perturbent l’apprentissage de l’élève. Il évolue donc dans un monde cognitif plus complexe car altéré dans sa compréhension. Plus tard, cela pourrait représenter un frein dans ses études voire dans son orientation et son évolution professionnelle. Il était donc urgent que l’institution mette en place des dispositifs réglementaires pour encadrer et impulser l’inclusion scolaire.

Comment l’institution encadre-t-elle le changement ?

Inclure c’est aussi apprendre à vivre ensemble et cet élément est présent dans le domaine numéro 3 du « Socle commun de connaissances, de compétences et de culture » (décret n° 2015-372 du 31-3-2015 – J.O. du 2-4-2015) à savoir « La formation de la personne et du citoyen ». Il s’agit donc d’un bénéfice tout à la fois pour l’élève, ses camarades et la communauté éducative dans son ensemble car cela reprend les valeurs de la République française et de notre système éducatif.

Bien que depuis 2005 une loi ait été promulguée pour l’inclusion des personnes atteintes d’un handicap, c’est depuis 2013 que la loi sur la Refondation de l’école insère le principe d’inclusion à l’école pour tous les élèves, quelle que soit la nature de leur handicap (physique ou lié à l’apprentissage). L’expression « école inclusive » prend enfin un ancrage officiel ! Certains objectifs sont néanmoins encore en cours comme celui d’ouvrir 250 Ulis supplémentaires dans les lycées d’ici 2022.

La France agit aussi dans le cadre d’accords internationaux pour l’inclusion scolaire comme la Déclaration mondiale de Jomtien sur l’éducation pour tous (1990) réaffirmée lors du Forum mondial sur l’éducation (2000), les «  Objectifs du Millénaire pour le développement » (2000) ou encore la Déclaration d’Incheon (2015). Les bases de ces principes et accords demeurent le droit à l’éducation de l’Acte constitutif de l’UNESCO (1945) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948).

Quels enjeux pédagogiques et quelles pratiques ?

Tout ce qui semble aller de soi pour la majorité des élèves ne l’est pas pour les « DYS » car ils doivent réaliser un grand nombre de micro-tâches : les « compétences embarquées » comme les nomme Hervé Benoît, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’INSHEA (Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés). Il distingue ainsi les « compétences périphériques », les « compétences spécifiques » et les « compétences cibles ». Les dernières ne sont pas automatiques pour un élève « DYS ». La tâche à accomplir va donc lui paraître très difficile. L’enseignant doit donc en quelque sorte « lever l’implicite » dans les tâches et les dissocier afin de les rendre plus accessibles et que l’élève puisse accéder plus aisément à la phase d’apprentissage.

Dans la phase de l’apprentissage, l’élève « DYS » ressent de l’inconfort, a besoin de plus de temps pour certaines tâches, menant à une surcharge cognitive et à un sentiment d’exclusion, de découragement. Sa fatigue est intense car il est en constante adaptation et sur ce point l’enseignant peut soulager ses efforts en adoptant des mises en œuvres pédagogiques inclusives c’est-à-dire qui permettent à tous de suivre correctement un cours et de poursuivre la scolarité le plus sereinement possible. Par exemple, donner des textes dactylographiés, aérés et colorés ou surlignés afin d’aider l’élève à différencier certains points du document. La taille (12) et le choix des polices les plus simples, basiques est recommandé comme Arial, Verdana ou encore Comic.

Eviter la double tâche est donc salutaire : décomposer ensemble en classe les tâches ou bien ne donner à l’élève « DYS » qu’une partie des tâches et pour le reste : la lui donner déjà faite (créer une frise chronologique toute prête où seules les dates doivent être insérées plutôt que de lui demander de créer cette même frise à partir d’une simple feuille blanche…). Il s’agit ainsi de faciliter le travail qui n’est pas lié directement à l’apprentissage. C’est pourquoi l’enseignant doit être un fin observateur car tous les élèves ne sont pas déclarés comme dyslexiques ou « DYS » (honte, déni, désintérêt ou simple ignorance des parents). Des comportements doivent alerter tels la mise à l’écart, l’ennui, le besoin de recentrer l’attention sur soi en faisant rire les autres ou en bavardant (peut-être est-ce parce qu’il n’arrive pas à suivre le cours), l’élève turbulent, hyperactif, la discrétion absolue, l’effacement, les retards répétés, la désorientation dans le temps et/ou l’espace, les difficultés à s’organiser, la fatigue, les troubles visuels, troubles de l’écriture, etc. On comprend alors le besoin d’échanger avec les autres enseignants pour savoir si ces comportements n’interviennent que dans un cours (désintérêt pour la matière, ennui) ou de manière généralisée (trouble à déceler).

Enfin, la communauté éducative peut s’appuyer sur des dispositifs ad hoc. Le Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) est d’ailleurs l’unique dispositif pédagogique mis en place pour les élèves présentant un ou plusieurs troubles de l’apprentissage. Tripartite, il associe le chef de l’établissement, la famille et l’équipe éducative. Grâce à cela, l’élève sera suivi et se verra proposé des aménagements durant l’année voire lors d’épreuves d’examen. En dehors des troubles dyslexiques ou « DYS », d’autres dispositifs facilitent les conditions d’apprentissage comme le PAI (Projet d’Accueil Individualisé) en cas d’allergies alimentaires, le PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) en cas de handicap ou encore le PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) lorsque des besoins spécifiques sur des connaissances ou compétences ont été soulignés.