François Bayrou est le Premier ministre de la France à compter du 13 décembre 2024. L’occasion pour nous de découvrir les liens qu’il a entretenus jusqu’à présent avec l’Espagne.
Tout d’abord, né dans les Pyrénées-Atlantiques et en tant que maire de Pau depuis 2014, ville située à deux pas de la frontière espagnole, François Bayrou a une proximité biographique avec l’Espagne. Mais il y a bien plus étonnant…
Dette publique espagnole 📈
François Bayrou s’est montré préoccupé par la situation de la dette publique espagnole en 2012. En effet, il a déclaré à l’époque que la fin de l’euro était possible en raison de la crise en Grèce et en Espagne. Il faut dire que Bayrou a fait de la lutte contre l’endettement public l’un de ses principaux thèmes de campagne en 2012. Bien que ses propositions ne visaient pas spécifiquement l’Espagne, elles s’inscrivaient dans un contexte où la dette espagnole atteignait des niveaux préoccupants, dépassant 100% du PIB pour la première fois depuis 1909. Dans ce contexte, François Bayrou soulignait l’urgence d’une action européenne coordonnée pour faire face aux crises de la dette.
Cible de l’ETA
On l’a peut-être oublié mais François Bayrou a été ciblé par l’organisation basque ETA en l’an 2000. Dans un communiqué publié par le quotidien nationaliste basque Gara, l’ETA s’en est pris pour la première fois à François Bayrou, alors président de l’UDF. Cette attaque verbale s’inscrivait dans le contexte des actions de l’ETA, qui avait revendiqué 17 attentats ayant fait huit morts en Espagne depuis le 31 juillet 2000.
L’ETA (Euskadi ta Askatasuna, signifiant “Pays basque et liberté” en basque) était une organisation terroriste basque indépendantiste d’inspiration marxiste-léniniste, active de 1959 à 2018. Pour en savoir plus sur cette période de l’histoire espagnole, je vous invite à lire mon ouvrage :
Dans une interview donnée en 2006, François Bayrou exprime ses réflexions sur le cessez-le-feu de l’ETA :
- Émotion et espoir : il évoque une grande émotion à l’annonce du cessez-le-feu, soulignant qu’il s’agit d’un nouvel espoir, bien qu’il soit conscient que le processus de paix sera long et complexe.
- Souvenir des victimes : Bayrou pense aux victimes du conflit, à ceux qui ont perdu la vie ou qui ont été affectés par la violence.
- Contexte historique : il mentionne que les conflits d’identité ne sont pas des affaires de court terme mais plutôt des luttes ancrées dans un long courant historique.
- Engagement de l’État français : François Bayrou fait part de son scepticisme quant à l’engagement de l’État français dans le conflit basque car l’État n’a jamais voulu se considérer comme impliqué dans cette crise.
Culture basque
François Bayrou a manifesté à plusieurs reprises son soutien à la culture basque et aux langues régionales en général. Lui-même locuteur du béarnais, il a souvent plaidé pour leur protection et leur promotion, considérant qu’elles font partie intégrante du patrimoine culturel français.
D’ailleurs, durant son mandat de président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou a mis en place plusieurs initiatives en faveur de la culture basque comme l’introduction de la signalétique routière en euskara (langue basque) ou la signature d’une convention avec Seaska pour le financement par l’État des enseignants de la filière immersive en euskara. En 1999, il a initié le projet de création d’un pôle d’archives du Pays basque à Bayonne. Cette décision a été saluée comme un “acte politique fort” en faveur de la préservation de la mémoire et de l’identité basques.
Ciudadanos
Dans un article de la presse française, il est mentionné qu’en 2012 François Bayrou aurait envisagé de prendre contact avec le parti espagnol Ciudadanos. La rencontre a-t-elle eu lieu ? En tout cas, on peut noter des similitudes entre la position politique de François Bayrou et celle de Ciudadanos : l’homme est perçu comme un homme politique du centre en France (“46% des Français estiment que le nouveau Premier ministre est du centre”). De même, Ciudadanos se définit comme un parti centriste, libéral, progressiste et constitutionnaliste. Ces valeurs peuvent alors trouver un écho chez François Bayrou. Également, Ciudadanos se positionne comme une alternative aux partis traditionnels de gauche et de droite en Espagne, tout comme François Bayrou a souvent cherché à se présenter comme une option centriste entre la gauche et la droite en France.
Podemos
François Bayrou s’est montré préoccupé par la montée en puissance du parti politique espagnol Podemos et ses implications potentielles pour l’Union européenne. En 2015, lors d’une interview, il a mis en lumière son inquiétude en déclarant : “Il y a des risques d’explosion de l’Union européenne” (vidéo à 2 min. 14 sec.). Cette déclaration faisait suite aux élections municipales et régionales en Espagne, où Podemos et d’autres partis de gauche radicale avaient réalisé une percée significative. Rappelons que Podemos, fondé en 2014, a connu une ascension rapide dans la politique espagnole, remettant en question le bipartisme traditionnel. Cependant, depuis sa création, le parti a connu des hauts et des bas. Dix ans après sa fondation, Podemos lutte en 2024 pour sa survie politique, confronté à des divisions internes et à une chute dans les sondages.
Ligne Pau-Canfranc 🚂
François Bayrou a considéré que la réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc était un bon projet, mais son implication a été limitée. Pau est située en France et Canfranc du côté espagnol. Les écologistes, notamment Jean-François Blanco et Julien Brunel, ont appelé l’homme public à s’impliquer davantage dans ce projet. Ils ont estimé qu’en tant que maire de Pau et président de l’agglomération, il devrait soutenir activement cette initiative qui ferait de Pau une capitale régionale transpyrénéenne.
Groupe d’amitié
Enfin, notons que François Bayrou a été membre, de 1986 à 1988, du groupe d’amitié “France royaume d’Espagne” de l’Assemblée nationale française !

