Menace sur la démocratie espagnole le 23 février 1981

Mon regard

Une date historique pour les Espagnols ! Le jour où l’histoire du pays aurait pu basculer alors qu’il entrait à peine dans l’ère post-franquiste. C’est aussi un tournant pour l’image du roi Juan Carlos qui, par le rôle qu’il a tenu, a réussi à trouver une légitimité auprès de son peuple.

Un coup d’État

Connue en Espagne sous le nom de “23-F”, le 23 février 1981 est la journée historique où tout aurait pu basculer pour transition démocratique espagnole. En effet, alors que l’Espagne était en pleine transition démocratique après la fin du franquisme, une tentative de coup d’État militaire a eu lieu.

À 18h23, le lieutenant-colonel Antonio Tejero, à la tête d’environ 200 gardes civils, a fait irruption dans le Congrès des députés à Madrid. Les putschistes ont interrompu la session parlementaire durant laquelle se déroulait le vote d’investiture de Leopoldo Calvo Sotelo comme nouveau chef du gouvernement.

Simultanément, à Valence, le général Jaime Milans del Bosch a déployé des chars dans les rues et déclaré l’état d’exception.

Pourquoi un coup d’État ?

Les principaux motifs des putschistes du 23-F étaient nombreux et hétérogènes :

Facteurs économiques

  • La crise économique qui touchait l’Espagne, notamment suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979.
  • Les conséquences de la politique d’isolement franquiste qui avait détérioré l’économie du pays.

Facteurs politiques

  • L’opposition à la transition démocratique en cours depuis la fin du franquisme.
  • Le mécontentement face au gouvernement d’Adolfo Suárez, jugé incapable de contrôler la situation du pays.
  • La volonté de certains de restaurer un régime autoritaire inspiré du franquisme.
  • L’incapacité perçue du gouvernement à mettre fin aux attentats de l’organisation séparatiste basque ETA.

D’ailleurs, au sein même des putschistes les motivations n’étaient pas uniformes. Certains, comme le général Milans del Bosch et le lieutenant-colonel Antonio Tejero, voulaient un renversement catégorique du système démocratique. D’autres, comme le général Alfonso Armada, envisageaient plutôt un scénario avec la formation d’un gouvernement d’union nationale.

La réaction du roi Juan Carlos : décisive !

Face à cette situation critique, le roi Juan Carlos a joué un rôle décisif.

Tout d’abord, il a contacté personnellement les généraux commandant les différentes régions militaires du pays pour les convaincre de ne pas soutenir le coup d’État.

Finalement, avant une heure du matin, il est intervenu à la télévision, vêtu de son uniforme de capitaine général des armées. Il s’est fermement opposé au coup d’État et a défendu la Constitution. Son intervention a été cruciale pour rallier la majorité de l’armée à la cause démocratique.

“La couronne, symbole de la permanence et de l’unité de la patrie, ne peut tolérer, d’aucune manière, les actions ou les attitudes des personnes qui prétendent interrompre par la force le processus démocratique que la Constitution votée par le peuple espagnol détermina, en son temps, par référendum.” (Traduction libre, source)

L’échec du coup d’État

“La démocratie a tenu bon” titrait Sud-Ouest :

La tentative de coup d’État a échoué pour plusieurs raisons :

  • Le manque de soutien au sein de l’armée.
  • L’opposition ferme du roi Juan Carlos.
  • La résistance des institutions démocratiques.

Le 24 février au matin, les putschistes se sont rendus et les députés ont été libérés. Cet événement, connu comme “la nuit des transistors”, est resté dans l’histoire espagnole comme le dernier sursaut totalitaire contre la jeune démocratie.

Poursuivre avec la littérature

Un grand classique de la littérature espagnole sur ce 23 février 1981, servi par l’écrivain Javier Cercas.

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