Que retenir du message de Noël 2025 du roi Felipe VI d’Espagne ?

La forme

Premièrement, sur les aspects purement formels, on constate que le discours de 2025 a duré environ 10 minutes soit 5 minutes de moins que l’an dernier. Ensuite, le roi Felipe VI a choisi cette année d’être actif, debout, mouvant alors que la position assise (rassurante ?) avait été préférée en 2024. Il faut dire que le contexte était tout aussi grave que l’air du roi puisque l’Espagne venait de vivre de grandes inondations meurtrières dans la région de Valence. Cette année, si on analyse la corporéité du roi espagnol, il s’agit de montrer aux Espagnols comment évoluer avec confiance dans l’incertitude. Voyons sa manière de nous l’expliquer avec, cette fois, des mots.

Jalons et plan

Felipe VI pose les jalons : il y a 40 ans l’Espagne signait le traité qui actait son entrée dans la CEE (Communauté Economique Européenne) et il y a 50 ans, le pays entreprenait sa Transition démocratique. A partir de ces deux anniversaires, le roi d’Espagne va démontrer la capacité de résilience de son peuple à traverser les périodes difficiles.

Le plan du discours est posé : le thème principal est le vivre-ensemble et le plan comportera deux parties : le chemin parcouru (le passé) puis la confiance dans le présent pour assurer le futur. Un plan chronologique, classique, facile à comprendre. En revanche, la suite l’est moins, le citoyen doit déployer quelques efforts de compréhension.

Parallèle : Transition, CEE et situation présente

Felipe VI esquisse un parallèle entre la Transition espagnole, l’entrée dans la CEE et la situation espagnole d’aujourd’hui qui ne manque pas de défis.

Concernant la Transition espagnole [N.D.R. : de la mort de Franco en 1975 jusqu’à 1978 ou 1982 selon la perception], sa réussite a été permise grâce à la volonté partagée du peuple d’un futur basé sur le dialogue. Il s’est agi de transformer, à l’unisson, l’incertitude en un projet de vie démocratique.

Grâce à cela a été écrite et adoptée la Constitution de 1978, celle qui est encore en vigueur à l’heure actuelle et qui a été pensée avec un cadre assez large pour pouvoir contenir en son sein toute la diversité des Espagnols (N.D.R. : comprendre notamment : les Communautés autonomes, les langues du pays).

Ensuite, un peu plus tard (N.D.R. : en 1986), l’Espagne est entrée dans la CEE, ce repère a été un autre passage important pour le pays, renforçant les libertés du peuple. Là encore, c’est le résultat d’un compromis.

La méthode de la réussite et projection vers le futur

A chaque fois que la volonté du peuple s’est trouvée réunie autour d’un grand défi et d’une volonté commune, le peuple espagnol a pu relever les challenges.

L’Espagne a beaucoup changé ces 50 dernières années : il lui a fallu consolider les libertés publiques, permettre le pluralisme politique, la prospérité, la décentralisation et s’ouvrir vers l’extérieur.

Aujourd’hui, on peut noter deux « catégories » d’Espagnols : ceux qui ont connu l’Espagne avant la démocratie et ceux qui sont nés pendant celle-ci mais pour autant tout n’est pas rose pour eux car de nouvelles difficultés sont à surmonter. Par exemple, l’augmentation du coût de la vie, l’accès logement, la rapidité des avancées technologiques ou encore les aléas du climat (le roi ne dit pas expressément : les conséquences du changement climatiques).

En regard de cela, les citoyens espagnols sont lassés, désenchantés, fatigués des tensions existantes sur ces sujets dans le débat public. Felipe VI préconise alors d’avoir de la volonté, de la persévérance et une vision (globale) pour le pays car c’est à grâce à ces points forts que le peuple espagnol pourra, une fois encore, comme il y a 40 ans et comme il y a 50 ans, relever ces épreuves et sortir victorieux de ces moments difficiles à traverser. Le roi d’Espagne rappelle les catastrophes naturelles, les crises sanitaires, les crises économiques résolues grâce au travail quotidien et responsable d’anonymes Espagnols.

Ces objectifs partagés nécessitent donc une capacité au vivre-ensemble, valeur qui demeure fragile. Il est de ce fait essentiel de se battre tous les jours pour la préserver, ce qui implique d’avoir confiance. Or, la crise de confiance vécue présentement par les citoyens espagnols met en péril les institutions car les populismes, extrémismes et radicalismes se nourrissent de cette faiblesse. Préserver la confiance, c’est aussi préserver la démocratie.

Pour cela, l’Espagne a besoin de l’engagement de tous ses citoyens. Chacun doit se demander ce qu’il peut faire pour affirmer ce vivre-ensemble qui est la base de l’unité du pays : dialogue, respect, écoute des autres, exemplarité des politiciens, empathie et dignité de l’être humain doivent être au centre de tout discours et de toute politique.

Avancer requiert compromis c’est-à-dire des accords et des renoncements mais toujours dans une même direction, avec l’objectif d’un grand projet de vie en commun.

En ce sens, les épreuves actuelles ne sont pas plus lourdes que celles vécues par les générations précédentes mais différentes. L’atout des Espagnols est leur capacité à s’unir pour relever ces nouveaux enjeux et le faire avec confiance :

« Somos un gran país, España está llena de iniciativa y de talento. »

Conclusion

Pour réussir, l’ensemble du peuple espagnol, uni dans une même direction, peut s’appuyer sur sa sensibilité, sa créativité, sa capacité de travail, son sens de la justice, de l’équité et… le pari affirmé des principes et valeurs de l’Union européenne.

Le roi Felipe VI termine en souhaitant un joyeux Noël à tous, en espagnol (castillan), basque, catalan et en galicien, soulignant ainsi son ouverture à tous les citoyens, dans la lignée de l’appel au vivre-ensemble qu’il vient d’exposer.


Que contenait le message de Noël du roi en 2024 ?

Le roi Felipe VI d’Espagne a prononcé le 24 décembre le traditionnel message de Noël. Voici les principaux thèmes évoqués : climat, immigration, logement, international, jeunesse, cohésion.

Mon regard

Un discours dans la concision (15 minutes) qui montre que Felipe VI est ancré dans la réalité des Espagnols : il a bien saisi les difficultés que vivent beaucoup. En cela, le roi renforce son image de souverain “simple”, au plus près de son peuple, qu’il a souhaité construire dès son arrivée au trône. Compte tenu de la tragédie qui a touché la région de Valence, il n’est pas étonnant de lui avoir consacré du temps. Moins attendue en revanche était la note de soutien, de fierté et d’espoir envers la jeunesse espagnole et je l’ai trouvée particulièrement bienvenue ! 👍

Le discours

  1. Le roi Felipe VI a commencé par évoquer le phénomène météorologique de goutte froide (“la DANA” en espagnol) qui a touché en particulier la région de Valence. Plus de 800 000 personnes ont été touchées. Le roi exprime son respect pour les sinistrés, leur douleur ainsi que leur tristesse à ne pas oublier. Ce type d’événement doit renforcer le peuple espagnol. La solidarité a été déployée mais frustration, douleur et impatience ont été réveillées. À travers cet événement, le peuple a pris conscience du bien commun. Cette notion doit être une orientation constante et le couple royal d’Espagne en est aussi garant.
  2. Immigration : phénomène complexe, qui a toujours existé mais qui, sans gestion adéquate, peut faire naître des tensions dans la cohésion sociale. Néanmoins, ce thème doit être appréhendé tenant compte de l’effort d’intégration, des lois de civisme et de la dignité. La manière dont sera traitée la questoin de l’immigration définira l’identité du peuple espagnol.
  3. Logement : Felipe VI admet la difficulté à trouver un logement, en particulier pour les jeunes et les plus précaires et surtout dans les grandes villes. La demande est supérieure à l’offre. Un dialogue est donc nécessaire entre les différents acteurs pour trouver des solutions.
  4. Scène internationale : nous sommes dans un momentum où sont présents la remise en question du droit international, le déni de l’universalité droits humains, le doute sur le multilatéralisme pour affronter les problèmes mondiaux (pandémie, transition énergétique…) voire la remise en question du régime de la démocratie. Le roi d’Espagne appelle à défendre ces principes et valeurs car elles sont l’identité espagnole mais aussi européenne et le legs pour les générations futures. D’ailleurs, la Constitution espagnole de 1978 doit être une référence pour le pacte du vivre-ensemble car elle garantit le bien commun, les droits et libertés qui sont les piliers espagnols de l’État social et de la démocratie). Le dialogue doit permettre de protéger ce pacte. En ce sens, les conflits politiques ne doivent pas éluder la demande populaire de sérénité, aussi bien dans la sphère publique que privée, pour faire face aux projets communs ou individuels et protéger ceux qui en ont le plus besoin. La réforme de l’article 49 de la Constitution, vis-à-vis des personnes handicapées, est un bon exemple de ce qu’il est possible de construire à l’unisson.
  5. L’Espagne est un grand pays et un modèle de développement de la démocratie des dernières décennies. Il reste certes encore beaucoup à faire mais l’économie va dans le bon sens, idem pour le niveau de vie et l’avenir (national et international) a du potentiel grâce à la jeunesse. Le roi Felipe VI d’Espagne démontre dans un premier temps qu’il a bien conscience des problèmes des jeunes puis met en avant le mérite qu’elle a, en particulier lorsqu’elle est venue en masse aider les sinistrés du phénomène météorologique de goutte froide.
  6. Le souverain espagnol termine en revenant justement sur ces sinistrés et les invite à ne pas perdre espoir, exhorte la solidarité qui doit toujours être présente et souhaite que les aides arrivent à tous ceux qui en ont besoin. Le plus rapidement cela sera fait, plus fort sera le sentiment de communauté. Se souvenir du chemin parcouru, la confiance dans le présent et l’espoir dans l’avenir sont les piliers du bien commun espagnol.
MAJ décembre 2025 – Page simple pour un Web allégé.